Sur le Fil

[un programme musical par Hemiolia]

En aidant Thésée à ne pas se perdre dans le Labyrinthe grâce au fil qu’il déroula derrière lui, la princesse Ariane, fille du roi de Crète, a laissé son nom au fameux “fil d’Ariane”, un fil conducteur au sens propre, qui servira de trame musicale au programme proposé, et se matérialisera par le geste chorégraphique contemporain du danseur, comme un fil tendu entre antiquité et modernité.

Le “lamento d’Ariana”, pièce majeure de Claudio Monteverdi, sera ici proposé dans une version éclatée, comme le coeur d’Ariane au moment où, au lieu de l’épouser comme il le lui avait promis, Thésée l’abandonne sur l’île de Naxos. Le lamento se transformera alors en une fresque musicale ininterrompue où tous les affects seront rendus dans une intensité dramatique presque théâtrale. “Sur le fil”, comme ces instants suspendus où tout peut basculer, où l’avenir n’existe plus, et où seul compte le moment de l’émotion, que la musique sait si bien faire parler…

MUSICIENS

Eugénie Lefebvre
CHANT

Laura Corolla
VIOLON

Claire Lamquet
VIOLONCELLE

François Grenier
CLAVECIN

DANSEUR

John Martinage ou Matthieu Corosine

PROGRAMME – 55 MIN

Claudio Monteverdi [ 1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“Laissez-moi mourir ! Que voulez-vous qui me réconforte Dans un si rude sort Dans un si grand martyr? Laissez-moi mourir !”

Heinrich Biber [ 1644 1704]
SONATA L’ANNUNCIAZIONE

Claudio Monteverdi [1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“O Thésée, ô mon Thésée, Oui, je veux te dire mien car tu es à moi, Bien que tu fuies, cruel, loin de mes yeux. Retourne-toi, mon Thésée ! Retourne-toi, Thésée, ô Dieu ! Retourne-toi pour revoir celle Qui a quitté pour toi sa Patrie et son Royaume, Et qui, restée sur ces sables, Proie de fauves sans pitié et cruels, Laissera ses os dénudés ! O Thésée, ô mon Thésée Si tu savais, ô Dieu ! Si tu savais, hélas, comme souffre La pauvre Ariane, Peut-être, repentant, Tu retournerais ta proue vers le rivage !”

Dario Castello [1590 1658]
SONATA N°2

Claudio Monteverdi [1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“Mais grâce aux vents sereins Tu t’en vas heureux, et moi je pleure. Athènes te prépare la pompe d’un accueil joyeux, et moi je reste la proie des fauves sur des sables solitaires. Chacun de tes deux vieux parents T’embrasseront joyeux, et moi Je ne vous verrai plus, ô ma mère, ô mon père !”

Alessandro Stradella [ 1639 1682]
SONATA EN RÉ MINEUR POUR VIOLON ET VIOLONCELLE

Claudio Monteverdi [ 1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“Où donc, où est la foi Que si souvent tu me jurais ? Est-ce ainsi que, sur le trône sacré de mes pères, Tu me replaces? Sont-ce là les couronnes Dont tu pares ma chevelure ? Sont-ce là les sceptres, Les diamants et les ors ? Me laisser à l’abandon A un fauve pour qu’il me déchire et me dévore ?”

 —

Barbara Strozzi [ 1619 1677]
LAGRIME MIE
“Mes larmes, pourquoi vous retenez-vous ? Pourquoi ne soulagez-vous pas cette cruelle douleur qui me coupe le souffle et oppresse mon coeur ? Lidia que j’aime tant, parce qu’elle m’offrit un regard plein d’amour, fut emprisonnée par la rigueur paternelle. La belle innocente se trouve enfermée entre deux murs, là où un rayon de soleil ne peut pénétrer. Mais ce qui m’attriste le plus, et ajoute à mon malheur,  tourments et peines, c’est que par ma faute, ma bien-aimée souffre. Et vous, tristes yeux, vous ne pleurez pas ? Mes larmes, pourquoi vous retenez-vous ? Lidia, hélas ! Je vois défaillir l’idole que j’adore ; elle est entre des marbres durs, c’est pourquoi j’expire et je ne meurs pas. Puisque la mort m’est agréable, à présent que je n’ai plus d’espoir, Ah ôtez-moi la vie, je vous en conjure, âpres souffrances. Car je m’aperçois bien que pour me tourmenter davantage, le sort me refuse la mort. S’il est donc vrai, ô Dieu ! Que le cruel destin n’a soif que de mes pleurs ; mes larmes, pourquoi vous retenez-vous?”

Georg Philipp Telemann [ 1681 1767]
FANTAISIE POUR VIOLON SEUL EN MI MINEUR (1ER MVT)

 —

Claudio Monteverdi [ 1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“Ah Thésée, ah mon Thésée, Laisseras-tu mourir, En vain pleurant, en vain criant à l’aide, La pauvre Ariane Qui se fia à toi et te donna gloire et vie ? Hélas, tu ne réponds même pas ! Hélas, tu es plus sourd qu’un aspic à mes plaintes O nuées, ô tornades, ô vents Engloutissez-le dans ces flots ! Accourez, orques et baleines, Et de ces membres immondes Emplissez les gouffres profonds ! Que dis-je, hélas, quel est ce
trouble ? Malheureuse, que demandè-je ? O Thésée, ô mon Thésée, Ce n’est pas moi, non ce n’est pas moi, Qui ai prononcé ces cruelles paroles; C’est ma souffrance, c’est ma douleur qui a parlé C’est ma langue, oui, mais ce n’est pas mon coeur.”

Dario Castello [1590 1658]
SONATA N°1

Claudio Monteverdi [ 1567 1743]
LAMENTO D’ARIANNA (extrait)
“Malheureuse, je fais encore place A l’espoir trahi ? Et il ne s’éteint pas, Malgré tant de dérision, le feu de l’amour ? Toi, mort, éteins désormais ces flammes indignes ! O ma mère, ô mon père, ô de l’antique Royaume Les superbes demeures où d’or fut ma couche, O mes serviteurs, ô mes fidèles amis (hélas sort injuste !) Regardez où m’a conduite la fortune cruelle Regardez quelle douleur m’ont donné en héritage Mon amour, Ma foi Et celui qui m’a trahie ! Voilà le sort de qui trop aime et se fie.”

Girolamo Frescobaldi [ 1583 1643]
TOCCATA SETTIMA

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